Rondes et chansons de mon enfance

Il y a peu, j'ajoutais dans ma rubrique « Coups de cœur » le premier disque que j'ai sans doute jamais écouté.
Il s'agissait de « Rondes et Chansons de France n° 1 » que j'ai dû recevoir en cadeau en 1961 ou 1962, alors que j'avais 4 ou 5 ans. Par la suite, nous avons reçu moi et ma sœur puinée (de 18 mois ma cadette) les autres disques de cette collection.
Pour moi, cela a été le premier contact avec la musique. Peut-être à cause de l'inventivité des interprètes et des musiciens, ces disques m'ont beaucoup marqué. Je les repassais souvent, et souvent, sans me lasser, sur l'imposant « pick-up » de mes parents.
50 ans après, ils représentent pour moi une charge émotionnelle très très forte.

Donc, plutôt que de disséminer ces disques dans la rubrique mentionnée ci-dessus, j'ai décidé de leur consacrer spécialement plusieurs pages. Celles-ci seront alimentées au fur et à mesure, de mes disponibilités d'une part, et le de la numérisation de ces vinyles d'autre part.
En outre, et afin que cela ait un quelconque intérêt autre que celui de remuer la nostalgie, toutes les chansons (77 au total), dans la mesure du possible, et de mes connaissances, feront l'objet d'un commentaire et d'une présentation sur l'historique de la chanson ou de la comptine.

Dans un premier temps, permettez-moi de présenter cette collection de « livres-disques », ainsi que leurs interprètes, à savoir Lucienne Vernay, « les quatre barbus » d'autre part.
Ensuite, vous trouverez les liens qui afficheront les pages consacrées à chaque disque.

La collection.

En 1938, Jacques Canetti, alors directeur artistique des disques Polydor depuis 1930, décide d'ouvrir un catalogue destiné aux enfants. Ce sera la collection « Le Petit Polydor ». Il fait enregistrer alors une centaine de comptines et chansons enfantines sous le titre « Chansons pour petits et grands » par le groupe vocal « Les Quatre Barbus » et Lucienne Vernay.
Peu après, Philips absorbe Polydor, et Jacques Canetti en devient le nouveau directeur artistique. Le « Petit Polydor » devient alors le « Petit Philippe »
Quelques années après l'apparition du 33 tours, en 1956, Philips édite deux 25 cm reprenant chacun une quinzaine des titres précités. Puis deux ans plus tard ce sera au tour d'une dizaine de 45-tours, sous la forme de « livres-disques » qui reprendront au total 77 chansons interprétées par les mêmes artistes.
Maintenant, question essentielle : s'agit-il des enregistrements d'origine (1948), ou ces chansons ont-elles été réenregistrées ? Ici, je ne possède malheureusement pas la réponse…
Il est certain que pour plusieurs d'entre elles il existe deux versions, ce qui aurait tendance à plaider pour une nouvelle production. Dans les pages consacrées à chaque disque, je mets les deux versions lorsque celles-ci existent. Vous verrez qu'elles sont d'une qualité réellement différente.
D'un autre côté, à l'encontre de cette supposition, on sait qu'en 1949 Georges Thibaut avait intégré les « Quatre Barbus ». Or celui-ci a la tessiture d'un contre-ténor, voix caractéristique que l'on ne retrouve dans aucune des chansons de 1958…
Bref, 1948, 1956, 1958 ??? La question reste ouverte et si quelqu'un a une autre version de l'historique, je suis bien évidemment preneur ! (Rubrique : Contact)

Chaque disque est accompagné d'un livret illustrant chaque chanson, et reprenant la partition, ainsi que les paroles.
Les pochettes des six premiers sont de couleur jaune, à part le n° 5, dénommé injustement « spécial Noël » (en fait, seuls les trois premiers titres sont des chansons du temps de Noël, mais la couverture reprend un sapin de Noël), de couleur bleu nuit, les n° 7,8 et 10 ont une dominante blanc cassé, le n° 9 bleu clair. Quatre dessinateurs au moins ont illustré les pochettes et les pages intérieures. Les illustrations sont toujours empreintes de beaucoup d'onirisme et d'humour, et ont doute aidé à développer mon imaginaire. Elles sont bien dans le style de ce qu'on pouvait faire dans les années 50. Citons parmi eux Gilbert Jacquemot, Guy-Gérard Noël, Albert Minot.

En ce qui concerne les chansons proprement dites, la qualité musicale est tout bonnement parfaite !… D'ailleurs plusieurs disques ont reçu des récompenses du « Grand Prix du disque » ou du « Prix de l'académie Charles Cros ». Le succès est au rendez-vous, puisque ses albums seront publiés à des millions d'exemplaires et exportés un peu partout dans le monde. Ceci explique que plus de 50 ans après, il y a encore tant d'exemplaires que leur cote dépasse rarement les 5 € chacun… Ceci à une exception près, sur un site de vente aux enchères, j'ai vu le n° 7 proposé à… 79 € ! Arnaque d'autant plus lamentable, qu'il ne s'agit pas là de l'édition de 1958, mais celle de 1966 dont je parle un peu plus bas.
Ce qui fait la qualité, c'est indéniablement celle des interprètes, mais également l'orchestration et l'illustration sonore. En effet, quand elle le nécessite, la chanson contient un bruitage qui vient renforcer la vivacité de l'interprétation. Un exemple, parmi tant d'autres : le chat qui miaule à la fin de la chanson « Il était une bergère »… Au bout du compte, on a l'impression que chaque chant est une petite saynète à lui seul…

Après le départ de Jacques Canetti de chez Philips, toute la série des 10 disques a été réenregistrée en 1966 par Renée Caron et les Petits Chanteurs de l'Île-de-France. Il est d'ailleurs difficile de les distinguer du premier coup d'œil, car Philips a purement et simplement repris les pochettes et livres de l'édition de 1958… Bon, disons-le tout de go, et sans parti pris aucun, la qualité me semble moindre que celle de leurs prédécesseurs. Pas de formation musicale, mais un simple piano, quant à Renée Caron, on a l'impression par moment qu'elle a du mal à suivre… Ici aussi, pour quelques chansons, j'ai mis en ligne cette seconde version. À vous de juger…

Dernier petit mot en ce qui concerne MA collection. Paradoxalement, je (nous) n'ai (n'avons) jamais possédé le n° 10. La raison ? ? ? Sur les neuf restants, cinq déménagements ont eu raison des n° 5, 7 et 8 (le disque seul). Ainsi que je l'ai dit, j'ai pu récupérer sur Internet le n° 5, à l'état neuf (encore emballé dans sa cellophane), et le n° 8. Impossible par contre de trouver le 7. Les titres que vous entendrez donc pour ce disque ont été récupérés sur le net ainsi que la pochette.

Lucienne Vernay

Lucienne Vernay, c'est cette voix chaude et rassurante. Je dirais, une voix de maman.
À l'image même de sa discrétion, on sait tout compte fait peu de choses de cette chanteuse. Les seuls éléments que l'on puisse trouver sont dans Wikipédia. Or, certains faits de cet article sont éminemment sujets à caution.
Ce qui est certain :
Lucienne Vernay, de son vrai nom Lucienne Torres est née à Alger le 12 décembre 1919 où elle fait ses études de piano.
En 1943, à l'occasion d'une audition à « Radio France » à Alger, elle rencontre Jacques Canetti . Ils créent le théâtre de chansonniers « Les Trois-Baudets » qui sillonne l'Afrique du Nord jusqu'à la fin de la guerre en 1945.
De retour à Paris en 1948 Jacques Canetti et Lucienne Vernay se marient. Ils auront deux enfants Françoise, et Bernard.
Lucienne Vernay se lance alors dans le métier de productrice. Ceci dans la société de son mari, « Les Productions Jacques Canetti », ou dans sa propre société qu'elle fonde en 1964 « Les Éditions Majestic ». Pendant des années ils vont découvrir et développer le talent de chanteurs tels que Jacques Brel, Henri Salvador, Serge Gainsbourg, Georges Brassens, Guy Béart, Anne Sylvestre, etc., qui se produiront dans le nouveau « Théâtre Des Trois-Baudets » situé cette fois-ci à Paris, boulevard de Clichy.
Parallèlement à cela elle poursuit sa carrière de chanteuse et de compositrice. Ainsi en 1972 elle réenregistre avec les Quatre Barbus « le Petit Abécédaire » sur des textes de Boris Vian. Celui-ci avait déjà été enregistré en même temps que les « Rondes Et Chansons de France » en 1958 sur des mélodies de ces mêmes chansons. Par contre, la version de 1972 est interprétée sur de nouvelles mélodies écrites par Lucienne Vernay.
Lucienne Vernay s'éteint en 1981 des suites d'une grave maladie.

Si l'on se réfère à la biographie de Wikipédia, certaines assertions sont un peu étranges, contradictoires.
Ainsi, on croit comprendre que Jacques Canetti avait été licencié de « Radio France » pour cause de sympathie gaulliste. Quand on sait qu'Alger est passée sous le contrôle de la France Libre dirigée par le général De Gaulle, et ce dès le début 1943, l'affirmation a de quoi surprendre !… D'autant plus que le but déclaré du théâtre « Les Trois Baudets » (et non Les Trois Ânes comme indiqué dans cet article) était de récolter des fonds pour le soutien de la France Libre…
Ce même article affirme également que Lucienne Vernay aurait arrêté sa carrière de chanteuse en 1952, il soutient tout le contraire dans les lignes qui suivent. Personnellement, je crois que l'édition de « Rondes Et Chansons De France » est une réédition postérieure à 1950, et quand bien même elle ne le serait pas, l'enregistrement du « Petit Abécédaire » date bien lui de 1958 ! C'est toujours ce même album qu'elle réenregistre en 1972 avec sa propre musique…
De même, la photo ci-contre est celle d'une pochette d'un 45 tours dans lequel elle reprend le titre phare « Parlez-moi d'amour » en… 1958…
Ici aussi, je serais très heureux d'avoir d'autres sources en ce qui concerne cette sympathique chanteuse…

Les Quatre Barbus

Ici aussi, peu de choses à glaner sur ce groupe.
Il s'est formé en 1938 sous le nom de « Quatuor Des Compagnons De Route ».
Il n'enregistre aucun disque jusqu'en 1948. Son premier se fera justement sous l'impulsion de Jacques Canetti, qui en parallèle le fait se produire au « Trois - Baudets ».
S'il a connu la célébrité grâce aux « Rondes Et Chansons De France », paradoxalement son répertoire était plutôt orienté vers les chansons paillardes et anarchistes. À noter sa fructueuse collaboration avec Pierre Dac et Francis Blanche, dont la très célèbre « Pince à linge », chanson biographique de Jérémie Victor Opdebec l'inventeur dudit instrument, sur une musique de Ludwig Van Beethoven, la cinquième symphonie pour être précis… Vous en trouverez l'intégrale ci-dessous…
Les membres du groupe ont changé de nombreuses fois depuis sa création en 1938, seul Marcel Quinton, (1916 - 1984), baryton , faisait partie des membres fondateurs. A partir de 1949, les « Quatre Barbus » trouvent leur composition qui sera la leur jusqu'à leur séparation en 1969. Les trois autres étant : Jacques Tritsch (1913-1991), basse, Pierre Jamet (1910-2000), ténor (arrivé en 1942), Georges Thibaut (1911-1998), contreténor (arrivé en 1949).
Il est dommage qu'à part une réédition en double CD de 1998, leurs enregistrements n'aient plus été édités.

 

Les disques

Cliquez sur un des liens :

Avec ses 10 volumes s’achevait ma présentation de la collection initiée et développée par Jacques Canetti. En 1966, avec la version de Renée Caron, deux nouveaux volumes avaient été ajoutés. Me cantonnant à la version de Lucienne Vernay et des Quatre Barbus, et n’ayant pas de souvenirs personnels qui y sont attachés, il ne devaient pas être présents ici même.
Mais, j’ai eu connaissance de certaines informations assez surprenantes que je vous invite à découvrir dans la dernière page :

Rondes et chansons de France – Compléments (11 & 12)

Conclusion

Voilà, nous avons fait un tour complet de la collection.
N’ayons pas peur des mots, en faisant abstraction de la nostalgie que nous éprouvons vis-à-vis de notre enfance, cette production de Jacques Canetti était purement et simplement un véritable chef-d’œuvre. Tout y a concouru : l’adaptation, l’orchestration, l’interprétation et les illustrations. Rien à voir avec certaines productions d’aujourd’hui de ces chansons enfantines trop souvent mièvres, voire abêtissantes. Ce n’est certainement pas par hasard que des disques ayant maintenant dépassé la cinquantaine sont toujours recherchés par les collectionneurs et provoquent tant d’émotions.
Est-il besoin de préciser que la qualité de ce premier contact avec la musique m’a sans doute donné le goût de ma culture musicale d’aujourd’hui.
 
Il me reste à vous remercier pour votre attention, en espérant que vous avez eu autant de plaisir à vous balader dans les souvenirs de mon enfance, de votre enfance, que j’en ai eu à créer ces quelques pages.